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Ces territoires ruraux qui font le pari de l'attractivité

Publié le Mardi 16 Février

Article extrait du site internet "Localtis.info" publié le 16 Février 2016

 

Comme de nombreux départements ruraux, l'Aveyron connaît un timide regain démographique depuis une vingtaine d'années. L'enjeu, pour les territoires qui le composent, est d'attirer ces nouvelles populations et de fixer les habitants. C'est le défi qu'ont relevé trois communautés de communes dans le cadre d'une démarche conduite avec Mairie-Conseils (Caisse des Dépôts), le collectif Ville Campagne et la Datar en 2009-2010. Six ans après, les trois stratégies qui en ont découlé portent leurs fruits. Preuve, comme le résume l'économiste du Cnam Vincent Pacini, qu'"il n'y a pas de déterminisme". A condition de changer de lunettes...


L'Aveyron est à lui seul un laboratoire de la ruralité. Département rural par excellence, pays de causses et de fameux fromages comme le roquefort, il a connu plus d'un siècle de déclin démographique, au point de devenir l'un des symboles de cette "diagonale du vide" dépeinte par les géographes… Et puis soudain, à partir de la fin des années 1990, la situation a commencé à s'inverser. Le voilà qui gagne des habitants : 14.000 entre 1999 et 2013. Il en compte désormais près de 280.000 et caresse l'espoir de repasser la barre des 300.000 d'ici quinze ans (en 1900, il en comptait 382.000). "On est en train de travailler à un regain démographique (…) On travaille sur l'accueil de populations nouvelles", a déclaré Arnaud Viala, député de l'Aveyron, jeudi 11 février, à Paris, lors d'un séminaire consacré à la présentation d'une démarche menée en 2009 et 2010 par Mairie-Conseils (Caisse des Dépôts), le collectif Ville Campagne, la Datar (devenue CGET) et trois communautés de communes du département. L'objectif : les aider justement à échafauder leur stratégie d'accueil et d'attractivité. Car ce regain reste fragile et a besoin d'être conforté. Le département attire de nombreux retraités mais reste marqué par le départ des jeunes. Les nouveaux arrivants se concentrent surtout sur Rodez et Millau et les alentours, essentiellement dans le "périurbain". Le solde naturel, lui, reste déficitaire. Pour les élus locaux, l'enjeu peut se résumer ainsi : "faire rester, faire venir". "La réforme territoriale a eu au moins un mérite : susciter de manière très forte une prise de conscience dans les territoires sur le fait qu'il fallait être absolument proactifs, se prendre par la main, a témoigné le député. On sait maintenant qu'on ne peut plus rien attendre de l'Etat."

Prise de conscience

La démarche - qui a été conduite dans les communautés de communes de Lévézou-Pareloup, de Decazeville-Aubin, et de l'Argence – a avant tout provoqué une "prise de conscience" des enjeux. "Cela a été quelque chose d'extrêmement positif, une émulation territoriale, de l'intelligence territoriale qui s'organise. Les partenariats public/privé sont quasi naturels et automatiques", se félicite aujourd'hui Arnaud Viala, qui est également président de la communauté de communes de Lévézou-Pareloup. A lui seul, ce territoire qui regroupe 10 communes a perdu près de la moitié de ses habitants depuis la guerre : 9.191 en 1946, pour environ 5.500 aujourd'hui. "15% ont plus de 75 ans", a souligné Arnaud Viala. La démarche a permis "de définir un axe identitaire, des pistes d'actions (…) une justesse de l'analyse", a-t-il insisté. Et même, une "meilleure connaissance de soi-même". Si l'un des enjeux de la stratégie arrêtée est de "fixer les populations résidentes", à travers une offre de services à la population pour toutes les catégories d'âges, elle entend aussi "accompagner les porteurs de projets" afin d'attirer des entreprises dans ce territoire un peu tiraillé entre les pôles urbains de Rodez et Millau. L'enjeu majeur est "l'équipement numérique", martèle l'élu. Il a été décidé d'aller "beaucoup plus loin que le plan France très haut débit", en équipant chaque foyer de la fibre optique d'ici 2020. "En termes d'attractivité, c'est une pièce maîtresse."

Un ancien bassin minier converti en station thermale

Dans la communauté de Decazeville-Aubin, les problèmes se posaient un peu différemment. Le territoire est un ancien bassin minier qui a décidé de s'ouvrir au tourisme. "Il a fallu beaucoup d'efforts pour donner une autre image", a témoigné son vice-président Michel Raffy. Aujourd'hui, elle vit un "développement touristique important", grâce à une station thermale qui accueille 700 curistes par an pendant vingt et un jours en moyenne. "Il faut les occuper", souligne l'élu. Ce qui implique de leur proposer d'autres activités, des loisirs notamment… La commune de Cransac vient ainsi de se voir décerner le titre de "station thermale classée de tourisme". C'est la seule de l'Aveyron. Un sésame qui lui a permis d'ouvrir un casino, inauguré en grande pompe par la ministre du Logement, de l'Egalité des territoires et de la Ruralité l'an dernier. Autre bonne nouvelle, la communauté, qui comporte de nombreux logements insalubres, a été retenue par l'appel à manifestations d'intérêt (AMI) "rénovation et requalification urbaine". Mais elle se heurte encore à des écueils. Alors qu'elle accueille plusieurs sous-traitants de l'aéronautique ou de la mécanique, ces entreprises ont souvent du mal à trouver les bons profils… Cérémonies d'accueil, livret d'installation pour les nouveaux arrivants, ambassadeurs du territoire, installation de professions médicales : l'attractivité passe aussi par toutes ces actions.
Enfin, troisième communauté de communes, troisième cas de figure. A l'Argence, territoire à cheval entre l'Aveyron, la Lozère et le Cantal, "on est resté très éleveurs". D'ailleurs, le président de l'intercommunalité, Jean Valadier, est lui-même éleveur. Une identité forte symbolisée par la race Aubrac ou par le fromage de Laguiole. Avec 10 habitants par/km2, le territoire est aussi l'un des moins denses de France. C'est même trois fois moins que la moyenne de l'Aveyron (un peu plus de 30 habitants au km2). "Nous avons connu un déclin démographique profond", a rappelé l'élu pour qui "l'enjeu c'est l'ouverture, naturellement, au tourisme ; c'est le panier de biens de notre territoire". L'un des défis du plan de développement est de profiter de l'attrait de la commune voisine de Laguiole, très célèbre pour son fromage mais plus encore pour sa coutellerie. La communauté travaille aujourd'hui à fixer les commerces et les services dans le bourg-centre, à valoriser le bâti pour "permettre aux gens de rester vivre sur le territoire" et à valoriser les activités de pleine nature… Tous ces efforts seront bientôt couronnés par une nouvelle aubaine : la création attendue pour la fin de l'année du parc naturel régional de l'Aubrac.

"L'ère des territorialités mobiles"

L'image de ces trois territoires ruraux qui ont décidé de se retrousser les manches a quelque chose de revigorant. Mais il en faut de la ténacité dans un contexte peu favorable, sur fond de métropolisation. Or "les grandes métropoles, qui ont suscité une attention extrêmement appuyée pendant des décennies, arrivent à un point de satiété", estime Arnaud Viala. "Pendant des années, on s'est occupés d'infrastructures, de désenclavement (…). Ces infrastructures ont été pensées pour permettre aux habitants de partir. Sans se dire qu'elles allaient nous servir à attirer du monde." Un juste retour de balancier.
"Il faut accompagner le développement des grandes métropoles", mais il faut aussi faire en sorte que "les métropoles créatrices d'un certain nombre d'activités le fassent en s'appuyant sur les territoires", a insisté Marc Abadie, directeur du réseau et des territoires de la Caisse des Dépôts. Et de souligner l'impérieux "besoin d'ingénierie territoriale".
En tout cas, ces trois témoignages montrent bien qu'"il n'y a pas de déterminisme", comme l'a souligné l'économiste du Cnam Vincent Pacini. "Chaque territoire a des marges de manœuvre. La seule différence, ce sont les hommes et les organisations. On est dans l'ère des territorialités mobiles", a-t-il ajouté. Les ressources ne sont pas fixes, elles se baladent, et les stratégies locales doivent consister à les "capter". Le "chercheur-entrepreneur", comme il se définit lui-même, en veut pour exemple les transferts de masses salariales entre la communauté d'agglomération de Saint-Etienne et les communes alentours. 700 millions d'euros sont transférés de la métropole à la périphérie et 300 millions d'euros en sens inverse. Ce qui représente un solde de 400 millions d'euros en faveur de la périphérie ! "Or les gens du Forez ont l'impression qu'on en fait trop pour Saint-Etienne", a déclaré Vincent Pacini. Question de point de vue. "On a pris l'habitude de prendre les lunettes des stocks, il faut prendre la lunette de flux", a-t-il insisté.

Capter les ressources

Dans sa "nouvelle géographie des territoires", les plus pauvres dans l'économie des stocks (foncier, habitat, main d'ouvre, infrastructures, services…) pourraient bien apparaître comme les plus riches dans l'économie des flux (revenus touristiques ou sociaux, pensions de retraites, navetteurs, commerce, etc.). "Les territoires ruraux qui vont bien s'en sortir sont ceux qui sont dans le bon écosystème." Entre économie résidentielle, productive et présentielle, un territoire a besoin de jouer sur ces trois leviers. L'intérêt de cette approche serait aussi d'éviter une concurrence trop frontale entre territoires voisins. Exemple de réussite avec Vienne dans l'Isère, qui accueille le deuxième festival de jazz de France mais qui a longtemps négligé la politique d'accueil de ces visiteurs. "Un puits de pétrole pas du tout utilisé, a résumé Vincent Pacini. Aujourd'hui le festival rapporte 14 millions d'euros au territoire et lui coûte 4 millions."
L'économiste attache aussi une grande importance à l'évolution des modes de vie et au temps libre : depuis 1900, les Français ont gagné 55% d'espérance de vie et leur temps libre a été multiplié par quatre. "C'est la première fois dans l'histoire de l'homme que quatre générations vivent côté à côte, a-t-il fait observer. L'espérance de vie cumulée à la baisse du temps de travail génère un nouveau levier de développement territorial." Pour appuyer sa démonstration, Vincent Pacini rappelle qu'entre 2008 et aujourd'hui, le chiffre d'affaires du tourisme est passé de 100 à 155 milliards d'euros. A titre de comparaison, l'ensemble des contrats de vente du Rafale se montent à 34 milliards d'euros. Si les métropoles continuent d'être les moteurs de la production, aux territoires ruraux de savoir au mieux "capter les ressources"...

Michel Tendil

 
 

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